Comment expliquer les multiples relectures de la Peste, depuis sa publication jusqu’à la pandémie ?
- Myriam BEN ABDALLAH
- 19 févr. 2022
- 2 min de lecture
Albert Camus publie en 1947 La Peste. Son récit fait écho au contexte actuel, en ce qu’il est un récit d’épidémie. Sa morale reste intemporelle et digne de lecture et de relecture à foison. Car pour Albert Camus, il est nécessaire de se révolter et agir en ne restant pas stoïque face aux événements de la vie quotidienne.

En tant que récit d'épidémie, La Peste a beaucoup été relue, et ce depuis sa publication jusqu’aux périodes de confinement, en passant notamment par les années 40 où la peste faisait office d’allégorie du nazisme cruel du IIIe Reich.
La relecture de la Peste a permis d’affirmer une lecture allégorique du Covid-19 pour certains : ce serait la punition et la conséquence de la mondialisation des échanges avec à la clé la propagation du virus à partir de la démocratisation du tourisme, des rassemblements et de la délocalisation industrielle.
Par son récit, Camus donne une leçon de morale humaniste et existentialiste qui montre l’absurdité de la vie et engage tout être humain à se révolter et ne pas rester stoïque. C’est notamment ce qui a attiré à nouveau beaucoup de lecteurs face à la situation inédite en mars 2020.
L’originalité de Camus réside dans l’analyse d’une épidémie sans Dieu, en faisant fi de l’ancien testament qui affirmait que la Peste était une punition divine : il met donc le lecteur face à son rôle à jouer dans la pandémie, et l’espoir d’un renouveau et d’une amélioration due à sa seule action. Le roman nous rappelle donc ce que Camus nomme « notre métier d’homme » : il n'ya pas de héros mais des hommes qui mettent la solidarité au service des autres.
Par ailleurs, en écrivant l’épidémie, Camus permet à la littérature d’exercer sa fonction de « pharmakon » : être à la fois remède et poison. La littérature serait à la fois apaisante et angoissante, porteuse d’un mal mais qu’elle guérirait, selon Aurélie Palud. D’une part, en observant une épidémie rédigée sur papier, le lecteur prendrait davantage conscience du monde qui l’entoure et pourrait en venir à trouver des solutions ; mais d’autre part, être confronté aux faits immuables marqués sur papier pourraient également amener un pessimisme certain, et le lecteur serait mis face à un chaos sans espoir.
C’est pourquoi La Peste a autant marqué les esprits, et sa lecture résonne toujours autant aujourd’hui.
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Auteur : Myriam Ben Abdallah - @myriam.bnbd
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